Anna Casal

Dr Guillaume Herpe
Interviews et retours d'expérience

INTERVIEW : Dr Guillaume Herpe


Dr Guillaume Herpe, qui êtes-vous et quel est votre rôle au sein du CHU et pourquoi vous intéresser à l’Intelligence Artificielle ?

 

Je suis radiologue au sein du CHU de Poitiers où j’ai été formé. Je fais également de la recherche et m’intéresse, dans ce cadre, de très près à l’imagerie des urgences. Au quotidien, je suis confronté à des situations d’urgence en matière de diagnostic et en thérapeutique. Cela exige une rapidité et une efficacité constante, à tous les niveaux.

 

A quoi sont confrontés aujourd’hui les services d’imagerie des urgences en France ?

 

Ce type de services rencontre une problématique assez bien décrite dans la littérature qui est l’afflux important et irrégulier de patients. Nous devons donc trier les urgences et prioriser les examens pour pouvoir prendre tout le monde en charge. Ensuite, il faut arriver rapidement à un diagnostic : l’objectif est d’orienter vite ces patients, soit en hospitalisation pour une prise en charge médicale, soit pour les renvoyer chez eux. Or, la vitesse ne doit se pas se faire au détriment de la qualité du service rendu au patient. A cela s’ajoute une autre contrainte : nous nous devons d’avoir un même niveau de service tout au long de l’année et quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit.

 

Comment expliquez-vous cet afflux important de patients et la baisse du nombre de médecins ?

 

On ne peut pas dire qu’il y ait un manque de médecins au sein des urgences : la profession d’urgentiste est devenue une spécialité il y a peu de temps mais il y a bien une démographie médicale générale qui est défaillante, notamment en radiologie et en médecine de ville. Du coup, certaines petites urgences qui étaient prises en charge par certains médecins traitants auparavant ne le sont plus aujourd’hui car les médecins sont débordés. Ainsi, la petite traumatologie comme les sutures par exemple, sont aujourd’hui assurées par les services d’urgence des hôpitaux. Du côté des radiologues, la pyramide des âges augmente et on observe un véritable héliotropisme. Aujourd’hui, l’âge moyen d’un radiologue est de 50 ans et la situation n’est pas vouée à s’améliorer.

 

Combien de patients voyez-vous par jour ?

 

Le nombre de patients que je vois est très variable et je fais généralement des demi-journées de vacation. Hier, par exemple, j’ai effectué 50 scanners entre 13 heures et 8h du matin. Il faut imaginer que chaque scanner correspond à 500 à 1000 images à analyser en détail. Un nombre difficile à traiter sur des plages horaires aussi larges, notamment à cause de l’effet de fatigue qui est prépondérant la nuit. Je suis aidé par des outils technologiques comme l’Intelligence artificielle.

 

Justement, vous avez déployé le logiciel BoneView au CHU de Poitiers : en quoi vous aide-t-il ?

 

Dans mon métier, il faut être toujours être très efficient mais il y a forcément des moments où l’on sait qu’il faut être plus performant et d’autres où l’on se relâche, quand on a l’impression par exemple que l’examen est peu important pour une raison X ou Y. C’est précisément là que l’on a besoin d’une certaine homogénéisation dans la lecture des images pour un même médecin. L’IA peut vraiment nous aider pour éviter des moments d’inattention. BoneView, logiciel spécialisé dans les fractures, classe ainsi en trois catégories les examens : fracture, pas de fracture et doute. Ce tri renforce la certitude diagnostique pour le radiologue, même s’il ne reste qu’un outil et que l’œil humain est nécessaire in fine. Au-delà de ça, cette application permet d’homogénéiser la qualité de diagnostic entre médecins : grâce à BoneView ou à une autre application d’IA, la performance diagnostique atteindra le même niveau, quel que soit le professionnel qui observe l’image.

 

A l’échelle territoriale, peut-on parer également d’homogénéisation ?

 

Oui, c’est notre objectif en adoptant cette IA distribuée par Incepto. Nous sommes en train de déployer BoneView sur tous les hôpitaux appartenant au CHU de la Vienne. Dans ces 4 structures, les patients seront donc assurés d’avoir une même qualité de diagnostic. C’est un véritable moyen de réduire la fracture territoriale.

 

Les radiologues utilisateurs de la plateforme Incepto ont-ils facilement adopté cet outil ?

 

Incepto a été d’une très grande efficacité dans le déploiement de la plateforme et l’accompagnement des utilisateurs. Bien entendu, nous avons donné du temps à nos équipes pour qu’elles nous fassent part de leurs questionnements autour de cette technologie novatrice. Après quelques mois d’utilisation, on se rend compte que les médecins aux urgences sont vraiment soutenus par cet outil puisqu’ils obtiennent une réassurance solide de diagnostic dans la détection des fractures et ce dans un contexte tendu, comme nous l’avons expliqué.

 

Voyez-vous d’autres tâches qui pourraient vous soulager et qui pourraient être prises en charge par l’IA ?

 

Oui, c’est certain : la priorisation des examens fait partie enfin des taches interprétatives qui pourraient être gérées par une IA par exemple. Cela permettrait de passer plus de temps sur des examens importants. Mais il existe des tâches chronophages qui ne sont pas de l’ordre de l’interprétation et qui font partie de notre métier. Je pense notamment à l’écriture de compte-rendu : on pourrait imaginer des softwares qui écriraient en direct d’après les images et nous devrions simplement corriger le rapport avec notre œil humain. L’IA pourrait aussi être déterminante dans la gestion des flux patients : par exemple, quand on doit coordonner 50 scanners dans la journée, je pense que la machine pourrait optimiser l’agenda et réduire les délais d’attente pour les patients comme pour les médecins. Enfin, toujours concernant le workflow, les IA devraient pouvoir être d’une grande aide pour le suivi des patients au cours de leur séjour aux urgences.